Mohamed Sayoud est un expert algéro-allemand en marketing international

«Les structures de l’Andi ne sont pas adaptées»

Par:  Entretien réalisé par Réda Hadi

Mohamed Sayoud est un expert algéro-allemand diplômé en électronique industrielle de l’université de Boumerdès, et expert en marketing international, parfaitement polyglotte (5 langues) ayant à son actif une trentaine d’années d’expérience, en Allemagne particulièrement, en tant que chef d’entreprise dans le bois, le métal/acier, injection et extrusion du plastique… Son entreprise mène des activités qui touchent des pays comme Dubaï, l’Allemagne, l’Italie , le Danemark et bien d’ autres pays d’Europe , et ce, à partir de la société basée en Tunisie.

Considérant cela comme une sorte d’injustice envers son pays, M. Sayoud a créé un bureau de consulting en investissements industriels, afin d’aider et de guider les investisseurs étrangers et algériens dans leurs démarches en Algérie. C‘est de cette approche et des difficultés rencontrées qu’il a bien voulu nous entretenir.

Le Chiffre d’Affaires : les IDE en Algérie sont en baisse, alors qu'au Maroc et en Tunisie avec moins d’attractivité, ils sont en hausse.A quoi cela est dû selon vous ?Sayoud Mohamed : La grande erreur dans le domaine de l’investissement étranger (IDE), c’est le manque de professionnalisme, la fierté «mal placée» et l ignorance ou négligence de ce qui ce passe ailleurs (autres pays) dans le domaine de «comment inciter, promouvoir encourager et booster» les investisseurs étrangers afin qu’ils viennent investir chez nous pour transmettre leur savoir-faire et transfert de technologie, ce qui contribuera à la création de l’emploi, et de la richesse avec de la valeur ajoutée.

Le plus marquant est que pour invertir en Algérie, il faut créer une société sur la base de la règle des 51/49. Sauf que pour créer une société chez nous, c’est le parcours du combattant. Un parcours long et fastidieux qui demande au bas mot plusieurs mois.

Ailleurs, vous déclarez une société en moins de temps qu’il ne faut pour acheter un ticket de bus. C’est hallucinant cette lenteur administrative et le poids de la bureaucratie ! De plus, il est demandé à l’investisseur un dossier grand comme une montagne. Pour plus de précisions, en Tunisie et au Maroc, 48 heures suffisent pour créer une société… Tout ceci concourt à décourager les investisseurs.Hors hydrocarbures, quels sont les secteurs potentiels qui intéresseraient les investisseurs ?La SNE (stratégie nationale de l’investissement) a défini 4 secteurs essentiels porteurs pour le moment.

Mais ces secteurs représentent de gros investissements et limitent le nombre d’investisseurs. L’agriculture, les services, le tourisme, sont autant de filières qu’il faut exploiter dans la mesure où ils sont rapidement rentables. Mais même ces filières pèchent par un manque de main-d’œuvre et de professionnalisme. Ce handicap peut se rattraper pour peu que la volonté de cette main-d’œuvre soit disponible, qualifiée et suffisante.Vous avez récemment déclaré que l’Andi et le CNI sont une entrave à l’investissement. Que voulez-vous dire par là ?Effectivement, l’Andi et le CNI peuvent être un frein majeur à l’investissement.

Mais avant, je voudrais juste dire que pour investir à partir d’une certaine somme, il n’est nul besoin en principe d’avoir recours au CNI, quand l’investissement ne dépasse pas les 100 milliards de centimes. En ce qui concerne cet organisme, sachez que le délai d attente pour un rendez- vous excède le mois. Ce qui est inimaginable pour un étranger qui veut investir chez nous etpour qui le temps c’est de l’argent.

Par ailleurs, les personnes chargées de la réception ne sont pas formées pour.

J’en veux pour preuve, le fait que l’Andi demande à un client investisseur de se faire accompagner par un traducteur ! Personne ne parle d’autres langues que le français et l’arabe. Et cela sans compter avec l’énorme dossier qui comprend entre autres une étude technico-économique, un Business-Plan, plus une étude prévisionnelle de 10 à 15 ans, et répondre à une infinité de questions comme le passé des sociétés à l’étranger.Et je ne vous parle pas des rendez-vous reportés à une semaine, alors que l’investisseur avait prévu un séjour de quelques jours tout au plus.

Toutes ces causes font que l’investisseur va en Tunisie et au Maroc, et pourtant notre main-d’œuvre est deux fois moins chère que celle chinoise.

Malgré toutes les réformes engagées, le climat des affaires en Algérie reste aléatoire sinon incertain, que faut-il donc faire pour y remédier ?En Algérie, les lois sur l’investissement existent, même imparfaites, reste à les appliquer surtout.

Il faut alléger les procédures et savoir s’adapter à l’environnement économique ambiant. Il faut inculquer une vraie culture managériale à nos patrons, et leur apprendre qu’une entreprise privée reste une personne morale même si nous en sommes le fondateur. Il y a des devoirs envers cette personne morale.

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