Echec d’exportations agricoles pour cause de pesticides

Coup dur pour l’agriculture algérienne

Par:  Réda Hadi

L’agriculture algérienne est dans tous ses états. A force de vouloir à tout prix assurer notre sécurité alimentaire, nous en sommes venus à mettre nos vies en péril. L’échec de notre agriculture ne se traduit pas seulement par des prix excessifs, mais aussi par la manière dont est pratiquée cette activité. Une activité livrée à elle-même, en dépit de toutes les programmations des pouvoirs publics. Pratiquée d’une manière très traditionnelle, avec des moyens modernes, sans aucune formation et encore moins de suivi de la part des chambres d’agriculture, ses insuffisances sont trop marquées pour être ignorées

L’agriculture est souvent présentée comme une priorité de l’Algérie, mais ses résultats décevants font que cette activité semble ne pas pouvoir résoudre les problèmes de ce secteur stratégique alors même que les questions de sécurité alimentaire et de dépendance vis-à-vis des importations se posent de manière croissante.

Souvent décriée, notre agriculture vient encore une fois de connaître un épisode malheureux avec le refoulement de quantités importantes de pomme de terre de Russie. Et c’est d’autant plus déplorable que ce n’est pas la première fois. En janvier 2018, des tomates ont été refoulées du Qatar au même motif que les patates de Russie.

L’agriculteur algérien semble utiliser les pesticides à tour de bras sans en mesurer les conséquences.A la suite du refoulement de cette marchandise de Russie, le ministre du Commerce, Saïd Djellab, a indiqué avoir instruit ses services de collecter toutes les informations nécessaires sur l'affaire du «refoulement de la marchandise algérienne récemment exportée» et d'en connaître les détails et les circonstances.Il faut dire qu’au-delà de ce refoulement, c’est tout le système de notre agriculture qui est remis en cause.

En effet, pour l’expert agricole, Aïssa Manseur, notre agriculture est livrée à elle même. Nos agriculteurs ne subissent aucune formation, et encore moins du suivi dans leur parcours. De plus par manque d’informations, beaucoup de nos agriculteurs utilisent des pesticides à volonté sans le respect des normes.Ces deux exemples de refoulement sont la preuve que des produits chimiques dangereux sont utilisés avec excès pour lutter contre les maladies et les insectes nuisibles, dans l’agriculture en Algérie.

Ce problème est aggravé par l’absence de contrôle rigoureux, alors que leurs effets menacent la santé à la fois des agriculteurs eux-mêmes et des consommateurs qui achètent, évidemment sans le savoir, les produits contaminés.C’est la course vers l’agriculture intensive pour répondre à l’exigence de la sécurité alimentaire, et dégager un surplus destiné à l’exportation, qui explique l’utilisation abusive de produits chimiques dans les pratiques agricoles, notamment dans le Sud du pays, selon les spécialistes au fait de la question. On ignore les quantités de produits chimiques injectées, ces dernières années, dans l’agriculture.Comme dans beaucoup d’autres secteurs, le grand problème réside dans le contrôle qui n’est pas effectué avec la rigueur exigée par les risques véhiculés par les engrais chimiques et les pesticides.

Ce contrôle doit s’exercer, signalent les spécialistes, au moment de l’achat des produits qui sont importés de l’étranger et lors de leur utilisation, ainsi que sur les fruits et légumes récoltés, par la mesure du taux des pesticides, avant leur mise sur le marché.

Ils citent justement le cas de la tomate cultivée en plasticulture. Ils affirment que les instructions techniques concernant l’utilisation des pesticides, notamment les doses et le délai avant la cueillette, pour la tomate, là aussi, ne sont pas respectées, mettant ainsi le consommateur en danger.Sans mettre en cause tous nos agriculteurs, force est de reconnaître que dans cette corporation, certains d’entre eux utilisent des eaux usées pour l’irrigation, aggravant ainsi une production qui est déjà malade de ses pesticides.En Algérie, des associations de protection des consommateurs, s’appuyant sur les conclusions de médecins, ont réagi à des cas d’intoxication alimentaire, provoqués par la présence de pesticides dans les produits agricoles destinés à la consommation. Elles ont appelé à prendre des mesures pour empêcher l’arrivée de ces produits contaminés dans les marchés et pour mettre la santé des consommateurs à l’abri des effets des pesticides et autres produits chimiques.

Les effets néfastes des pesticides ne sont visibles que des dizaines d’années après.

L’augmentation des cas de cancer y serait-elle liée ? Si la cause à effet n’a pas encore été prouvée scientifiquement, pour les associations de protection des consommateurs, le doute persiste tout de même, et signalent que les cas de cancer ont augmenté fortement Algérie.S’agissant de ce dernier refoulement, le ministre de l’Agriculture a minimisé l’événement en affirmant «que de petites opérations de refoulement peuvent se produire.

Cependant, l'exportateur doit être au courant de toutes les procédures exigées dans le cadre d'une opération d'exportation y compris les exigences du marché vers lequel il souhaiterait exporter sa marchandise»La mondialisation n’est pas chose aisée, et nos agriculteurs devront donc apprendre à répondre aux exigences du marché et respecter les règles.

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