Développement de la sous-traitance en Algérie

Les donneurs d’ordres appelés à investir massivement

Par:  Zahir R.

Des sommes colossales en devises, estimées par certains experts à 8 milliards de dollars, sont consacrées annuellement, par l’Algérie pour satisfaire ses besoins en matière de pièces de rechange et autres intrants pour la filière mécanique et industrielle. Actuellement, la filière de la sous-traitance ne représente que 6% au grand maximum du PIB, alors que dans les autres pays, elle dépasse les 30%.

Cette situation est due principalement, selon le président de la Bourse de la sous-traitance industrielle, Kamal Aksous, par le glissement du pays d’une économie productive, vers une économie de rente, de distribution et d’importation. Cette orientation a impacté négativement sur le tissu industriel jusqu’à son déclin.

  1. Aksous, qui s’exprimait sur les ondes de la Radio nationale «Chaîne III», a rappelé que la filière a subi les mêmes aléas que le secteur industriel, lequel a connu une période ascendante, jusqu’au début des années 80, la sous-traitance représentait 20 à 22% du PIB.

Cependant, le président de la Bourse de la sous-traitance industrielle a noté la volonté affichée de revenir à un développement industriel «plus important et plus intégré», avec la sous-traitance comme clé de voûte.

«Sous la pression de la baisse drastique des prix du pétrole, le gouvernement était contraint de revoir sa politique économique et industrielle, en favorisant l’intégration nationale. L’Algérie est, en même temps, en train de s’orienter vers une plus large utilisation de ses capacités de production, afin de se libérer des importations», a-t-il souligné. Citant des pays voisins de l’Algérie, M. Aksous a signalé que c’est grâce à l’industrie automobile que ceux-ci ont pu réaliser des avancées dans le domaine de la sous-traitance industrielle, en particulier.

Pour lui, l’avenir de ce secteur d’activité ne pourra émerger, qu’à partir du moment où les grands groupes industriels dominants, à l’exemple de la SNVI, du secteur sidérurgique, de Sonatrach ou encore de Sonelgaz, «importateurs de 70% de leurs intrants», s’y investiront plus massivement. Et d’ajouter que «le développement de la sous-traitance fournirait 50% des besoins des entreprises toutes filières confondues».

Face à ce défi, il faut élaborer, dira M. Aksouh, un véritable plan stratégique qui s’articulerait en partie autour de l’analyse des contraintes et opportunités. Il a préconisé une série de mesures à entreprendre, notamment par les pouvoirs publics via la mise en œuvre des mécanismes au développement de l’activité de sous-traitance, la restructuration dans l’organisation industrielle actuelle pour retrouver des structures gérables avec des logiques de filières à même d’optimiser les chaînes de valeur, le changement profond dans la gouvernance des entreprises du secteur public pour aller vers une réelle autonomie en conformité avec le code de commerce et les exigences du marché, passer d’une logique de rente à une logique de résultats, favoriser la création de services d’appui à l’industrie nécessaire en cette phase de

recherche d’extension et d’optimisation du tissu industriel et notamment par l’encouragement au développement d’une ingénierie locale à toutes les étapes de la chaîne de valeur de l’entreprise (conception, réalisation, production, distribution) et faire évoluer les relations entre donneurs d’ordres et sous-traitants nationaux vers des relations de partenariat nécessaires dans toute relation industrielle. Il est tout aussi essentiel de faciliter l’accès au foncier industriel aux investisseurs et d’offrir les conditions d’accès au crédit pour les PME désirant investir dans ce domaine. M. Aksouh a relevé que le secteur industriel privé, lequel, précise-t-il, recèle d’importantes opportunités, à travers ses usines, ses équipements et ses activités de maintenance, pourrait lui aussi être mis à contribution pour booster le développement de la sous-traitance.

«Le gisement potentiel de sous-traitants nationaux en Algérie est en effet très important et il est possible dès aujourd’hui pour les PME existantes de capter immédiatement au moins 20% des commandes qui passent actuellement à l’étranger», a-t-il prédit.

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