Abderrahmane Hadef, consultant en économie

«L’économie locale, base de notre développement»

Par:  Réda Hadi

Abderrahmane Hadef, consultant en Business Development, expert économiste, et ex- président de la Chambre du commerce et de l’industrie (Caci) du Titteri, a confirmé que le PLF (projet de loi de finance) 2019 est la continuité de la précédente loi de finances. L’Algérie, qui est à un carrefour important de sa vie économique, a besoin d’un climat serein et détendu pour asseoir les reformes entamées par le gouvernement. Si les transferts sociaux ont été sauvegardés pour assurer une paix sociale déjà en mal d’équilibre, c’est une option que le gouvernement a clairement affichée et assumée.

Pour lui, il ne peut être question de reformes et encore moins de productivité que dans un cadre apaisé. Reste que pour lui, la question de paix sociale ne peut en aucun cas éluder les grands problèmes économiques et la façon de les aborder.

En effet, pour cet expert consultant qui s’est exprimé sans ambages au forum de notre journal, a d’emblée souligné que l’Algérie manque de culture entrepreneuriale. Certains dysfonctionnements bloquent la machine économique et impactent de ce fait sur une productivité nécessaire si l’on veut exporter. S’il n’est nul besoin de revenir sur le poids de la bureaucratie qui étouffe toute tentative de création d’entreprises, la gestion de la politique économique pour un essor certain devra obligatoirement passer par les économies locales. En cela, les chambres de commerce et de l’industrie locales doivent jouer un grand rôle. C’est ce qui est apparenté (fort injustement) à des microcosmes économiques que les suggestions doivent venir. Il faut pour cela appliquer la politique du Down for Up (du bas vers le haut).

Les suggestions doivent venir de la base économique

Cela est d’autant plus vrai, que l’Algérie a opté pour confirmer et affiner sa macro-«économie, sur un tissu de PME/PMI plus que consistant et qui servira de socle à son économie. Pour cet ancien président de la Caci (chambre de commerce et de l’industrie), elle est plus que primodordiale.

Pourtant, il constate que l’investissement régional, qui est considéré comme un moteur de développement local, peine à décoller, malgré toutes les mutations qu’a connues l’arsenal juridique national (nouveau code de l’investissement, la nouvelle loi sur les PME les différentes lois de finances…). Malgré la volonté des pouvoirs publiques au niveau central pour simplifier les procédures et les démarches, l’investisseur, ou bien l’entrepreneur dans les différentes régions du pays, reste confronté à une multitude de contraintes telles que l’accès au foncier industriel, le financement, la complexité dans la délivrance des autorisations d’exploitation. Aussi, faut-il noter que le poids de l’administration locale demeure très lourd dans l’acte d’investir, chose qui ralentit énormément la croissance et la cadence des investissements.

Celui-ci a, à titre d’exemple, cité la wilaya de Médéa où sur 450 dossiers étudiés depuis 2011, seulement 310 ont été acceptés pour qu’en fin de course, on se retrouve avec 05 projets en exploitation. Ceci est pratiquement le même cas de figure dans toutes les régions.

Un contexte législatif opportun pour mieux exporter

Pour M. Hadef, l’export est un grand chantier qu’on doit gérer avec beaucoup de rigueur et de professionnalisme. C’est toute une dimension dans l’arène économique qui doit être mise en place. En commençant par le cadre juridique pour mieux encadrer notre commerce extérieur. Ensuite vient, l’entreprise qui doit inscrire l’export dans son plan stratégique et s’organiser en conséquence.

Or de ce point de vue, le paradoxe algérien ne peut encore s’expliquer. Par manque de culture entrepreneuriale, ou par frilosité d’investissement, nos entreprises sont de type «physique et familial». En cas de décès du fondateur, l’entreprise est souvent vouée à une mort certaine.

Mais pour lui, il est impératif de parachever le projet de la cartographie économique. Cet outil devra être numérisé et comprendre toutes les données économiques de chaque wilaya.La cartographie économique mettra en avant les manques et les potentialités et permettra de mieux coordonner les plans locaux de développement mis en branle.

Les territoires, élément clé du développement

Celui-ci est revenu sur le problème du foncier industriel, et s’interroge toujours sur le pourquoi des lenteurs pour l’acquisition de terrain même dans les zones industrielles, qui sont censées être cadastrées et viabilisées. Une procédure, qui dans d’autres pays, ne prend que quelques heures.

  1. Hadef est convaincu que l’essor ne peut venir que des territoires. Mais là aussi, il est urgent de définir en légiférant sur le statut des territoires.

Il faut apprendre à entreprendre et prendre des risques. Or sur cela, notre faiblesse est criarde, même si certaines entreprises enregistrent de bons résultats.

Sur la base de cette cartographie, la réactivité ne peut être qu’immédiate et les besoins mieux cernés.

Abordant le recours au financement non conventionnel, celui-ci a mis en garde, contre le prolongement de cette mesure, Pour lui comme pour beaucoup d’autres experts indépendants algériens, le risque d’inflation reste élevé, et ce, d’autant que rien ne peut assurer que les recettes pétroliers resteront à un niveau élevé. Si cette situation devrait perdurer, elle devrait être contrôlée par un organisme indépendant, qui avertirait des dérives.

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