Bonnes performances de l’agriculture

L’optimisme de Bouazgui

Par:  Réda Hadi

Les récentes performances de nos agriculteurs ont poussé le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Abdelkader Bouazgui, à affirmer que «Les chiffres réalisés cette année et les indicateurs de production sont à même de permettre au secteur d'arrêter graduellement l'importation d'ici trois ans».

Pour M. Bouazgui, ces performances sont dues «grâce aux moyens mobilisés par l'Etat pour l'investissement dans les domaines de la production, de l'élargissement des superficies irriguées, de la mise en valeur des terres et de l'encadrement des agriculteurs dans la maîtrise du processus technique de production en se basant sur les coopératives agricoles et les établissements publics relevant du secteur».

  1. Bouazgui a qualifié, à ce propos, que la production céréalière, qui a atteint cette année 60,5 millions de quintaux, de volume record par rapport à 2017. Certes, ce secteur a connu cette année une certaine embellie, mais beaucoup d’observateurs restent dubitatifs quant à la pérennité de ces résultats, mettant en avant que ce secteur, qui souffre depuis des dizaines d’années de plusieurs facteurs tant endogènes qu’exogènes, ne peut en 3 ans, en toute objectivité, aplanir des difficultés amassées durant des décennies, et ce, d’autant plus que les principaux problèmes liés à ce secteur ne sont pas encore résolus.

En effet, la crise alimentaire qui secoue le monde a mis à nu les faiblesses de l’agriculture algérienne qui n’arrive pas à son autosuffisance aussi.Notre pays est toujours dangereusement dépendant des marchés internationaux. L’Algérie se classe parmi les dix premiers pays les plus grands importateurs de céréales.

Il en est de même pour d’autres produits agricoles tels que le lait en poudre, les huiles, le sucre et le café. Cette situation aurait été moins intenable si l’Algérie arriverait à exporter ce que ses terres produiraient afin d’équilibrer sa balance commerciale agricole. Seulement une quantité marginale de dattes, de vin et quelques produits maraîchers ont pu se frayer une petite place dans les marchés étrangers.Malgré les réaffirmations récurrentes, l’agriculture reste un problème lancinant qui se traduit par des résultats mitigés, comme l’atteste en particulier l’importance des terres en jachère.

L’Algérie semble ne pas pouvoir résoudre les problèmes de ce secteur stratégique alors même que les questions de sécurité alimentaire et de dépendance vis-à-vis des importations se posent de manière croissante.Au-delà de toutes les dispositions qui sont prises par les pouvoirs publics, l’agriculture souffre toujours du manque de main-d’œuvre qualifiée et saisonnière.En sus de cela, notre agriculture est pratiquée d’une manière très traditionnelle, avec des moyens modernes, sans aucune formation et encore moins de suivi de la part des chambres d’agriculture. Ses insuffisances sont trop marquées pour être ignorées.

De plus, ce qui caractérise notre agriculture, c’est que celle-ci se trouve pratiquement entre les mains des spéculateurs qui agissent sur les prix et sur la production.En outre, les réformes de 2008 n’arrivent pas encore à réduire la dépendance alimentaire du pays. Alors que le problème est déjà ancien, la surface des terres en jachère se maintient à 3 millions d’hectares et résiste à tout volontarisme d’État.Comme pour d’autres questions touchant l’agriculture en Algérie, le problème foncier devrait faire l’objet de longs développements fondés sur des études portant sur les pratiques concrètes.

Mais c’est un fait que la question foncière reste primordiale dans le développement de notre agriculture, même si ces derniers temps des régularisations foncières ont été opérées. Le problème des terres en jachère se pose toujours avec acuité et aucune solution durable ne semble être pour le moment trouvée.

Tous ces problèmes non résolus n’ont pas entamé l’optimisme débordant de M. Bouazgui qui confirme que «Le secteur progresse suivant les recommandations issues des dernières assises nationales sur l'agriculture et conformément au plan décidé par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika en 2009».

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