Subventions des produits de large consommation

Un problème politique plus qu’économique ?

Par:  Reda Hadi

Si le problème des subventions de produits de large consommation n’est plus une question tabou du point de vue économique, il demeure néanmoins évident que sa gestion politique pose problème.

Annoncée, puis reportée, cette question n’a pas encore été tranchée, et ce, en dépit de tous les avis d’experts et même récemment du premier argentier du pays qui en avait annoncé l’application à partir de 2019. Une affirmation vite tempérée par le Premier ministre, à deux reprises.

Ce dysfonctionnement à un haut niveau démontre à quel point il est difficile de concilier les nécessités économiques et le maintien du fragile équilibre de la «paix sociale».Pourtant, tous les rapports, qu’ils soient internationaux ou nationaux, tendent vers une révision de ces subventions, car en fin de compte, elles ne profitent qu’aux plus aisés.

Pour rappel, confrontées à la chute des prix du pétrole, les autorités algériennes envisagent de réformer un système social universel et généreux, jusqu'ici réputé intouchable. Une réforme que certains économistes jugent indispensable, mais que d'autres estimest inutile, voire socialement dangereuse.

  1. Tebboune fraîchement nommé, alors, comme Premier ministre avait annoncé «une adaptation progressive» des subventions et transferts sociaux «à travers un ciblage précis». En d'autres termes : une modulation des subventions et transferts sociaux en fonction des revenus.
  2. Car à l'heure de la chute des prix du pétrole qui assure 80% des recettes budgétaires, le système actuel grève les finances publiques.

Système injuste mais nécessaire ?

Aussitôt remplacé par Ouyahia, cette mesure a été reportée, mais est restée d’actualité. Mustapha Mekideche, vice-président du Conseil national économique et social (Cnes), s’il ne désavoue pas l’idée, estime indispensables des «subventions ciblées», subventions et aides représentant environ 15% du PIB chaque année. S'il est extrêmement généreux, le système est néanmoins injuste, car il favorise mécaniquement ceux qui consomment le plus : les plus riches.

«Les 20% d'Algériens les plus riches consomment six fois plus de carburant que les 20% les plus pauvres» et «les subventions de l'électricité profitent aussi de manièredisproportionnée aux riches», aux maisons vastes et climatisées, soulignait en 2016, Andrew Jewell, économiste au FMI.L’État s’appuie sur des subventions pour partager la richesse du pays en pétrole et en gaz avec ses citoyens.

Si cet objectif est noble et si toutes les subventions ne sont pas néfastes, tenter de redistribuer les revenus au moyen de subventions non ciblées présente des désavantages. Une étude du FMI a examiné les principaux inconvénients du système de subventions algérien et a proposé une autre solution pour venir en aide aux personnes vulnérables.En Algérie, la plupart des subventions profite davantage aux riches qu’aux pauvres, selon un rapport du FMI publié en 2016.Certaines de ces «aides» présentent d’autres gros inconvénients.

Ainsi, les prix bas de l’énergie ont entraîné une progression rapide de la consommation d’énergie dans le pays. Par conséquent, l’Algérie exporte moins de pétrole et de gaz, ce qui provoque une diminution des recettes budgétaires et une aggravation de la pollution et des embouteillages locaux. Les fortes subventions à certains produits encouragent aussi la contrebande vers les pays voisins.Enfin, les subventions ont un coût élevé en Algérie, ce qui s’avère d’autant plus problématique à une période où le pays enregistre des déficits budgétaires record à la suite de la chute des cours pétroliers mondiaux.

Les services du FMI estiment que les subventions ont coûté aux pouvoirs publics environ 14% du PIB en 2015, soit pratiquement autant que le déficit budgétaire lui-même et le double des budgets cumulés des ministères de la Santé et de l’Éducation. Les subventions à l’énergie régressives sont à l’origine de plus de la moitié de ce coût.La situation est-elle donc si problématique si grave, au point où le ministre des Finances déterre un dossier, se «heurtant» par deux fois à un Premier ministre ?

«Couacs» ou malentendus ?

Selon M. Seddik Chiheb, porte-parole du RND, «il n’y a aucun couac au gouvernement. Ce ne sont que de mauvaises interprétations». L’essentiel, nous a-t-il dit, est que «la question des subventions ne soit plus un sujet tabou». Tout en appuyant l’idée d’une «réforme en profondeur», le porte-parole du RND a précisé que «la mise en place d’une telle reforme demanderait réflexion et études statistiques. La réforme devrait être entreprise l’esprit apaisé et loin de toute précipitation». Celui-ci a tenu à préciser aussi que cette mesure même nécessaire demande un certain doigté politique, car «nous ne sommes qu’à l’aube d’une économie libérale, et que nous sommes toujours imprégnés de l’esprit d’une économie dirigiste que nous avons menée depuis plus de cinquante ans».

  1. Benkhalfa ex-ministre de Finances, abonde dans ce sens et précise aussi que cette mesure demande la mise en place d’une logistique administrative et financière importante. «C’est un projet nécessaire mais qui demande beaucoup de maturité et surtout éviter la précipitation»
C’est la réflexion unanime de beaucoup de politiques qui veulent préserver une paix sociale déjà bien fragile. La réforme des subventions se fera bien évidemment, mais quand ?
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